Heccéités

Projet d’exploration et déploiement numérique, en collaboration avec Regart, centre d’artistes en art actuel, Lévis, diffusion sur le site web du centre, de novembre 2022 à novembre 2024

« Loin d’habiter un sol clos meublé par différents objets, les animaux vivent et respirent dans un monde de terre et de ciel – ou de terre et de ciel en devenir – où percevoir, c’est accorder ses mouvements en contrepoint aux modulations du jour et de la nuit, de la lumière et du soleil, du vent et du climat. C’est sentir les courants de l’air à mesure qu’ils pénètrent le corps et les textures de la terre sous ses pieds. Dans le monde ouvert, pour laisser le dernier mot à Deleuze, « aucune ligne n’y sépare le ciel et la terre; il n’y a pas de distance intermédiaire, de perspective ni de contour, la visibilité est restreinte; et pourtant il y a une topologie extraordinairement fine, qui ne repose pas sur des points et des objets, mais des heccéités, sur des ensembles de relations (vents, ondulations de la neige ou du sable, chant du sable ou craquement de la glace, qualités tactiles des deux). » Ces heccéités ne sont pas ce que nous percevons, dans la mesure où il n’y a aucun objet à percevoir dans le monde de l’espace fluide. Elles sont plutôt ce que nous percevons avec. Pour résumer, percevoir l’environnement, ce n’est pas rechercher les choses que l’on pourrait y trouver, ni discerner leurs formes solidifiées, mais se joindre à elles dans les flux et les mouvements matériels qui contribuent à leur – et à notre – formation. » Tim Ingold. Marcher avec les dragons, 2013.

Des paysages surnaturels, surgissant du traitement radiographique appliqué à des extraits vidéo tournés en plan fixe sur le lieu où je vis et un autre situé à proximité, invitent à entrer dans l’imaginaire d’une nature en devenir. De mon regard initial sur la dispersion des cotons des peupliers, des pollinisateurs attirés par la floraison d’un tilleul, ainsi que les chutes d’eau d’une rivière que je fréquente, émergent des problématiques liées à l’humanité-nature, telles que la perte majeure de la biomasse et de la biodiversité, ainsi que la fonte accélérée des glaciers, comme si le subtil devenait soudainement visible.

Ce projet s’inscrit dans la programmation Décroissance de Regart, centre d’artistes en art actuel. Il a été réalisé dans le cadre du programme Exploration et déploiement numérique du Conseil des arts et des lettres du Québec.

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